Démission sur le champ

Le mail dit le poste. Et le reste.
Antoine a été embauché pour automatiser, pour des tableaux de bord. Le métier est devenu la comptabilité de fin de mois, des tableurs hérités, des colonnes qui ont survécu à leurs auteurs.
Béatrice tient la finance. Sous elle, presque tout le monde part. Quatre-vingt-dix pour cent, dit-on. Elle n’en fait pas un problème. Elle en fait un climat. Gilles, lui, est le plus abrasif. On le nomme. C’est déjà trop.
Le plan d’amélioration arrive. Il décrit un poste qu’on n’a pas vendu. Antoine lit. Il a déjà un ailleurs. Il se met en maladie la dernière semaine. Pas un théâtre. Une sortie.
Il démissionne sur le champ. Un mail long. Le décalage. La culture. Le modèle, qu’il ne croit plus. La santé. Il ménage ceux qui ont été professionnels. Il ne ménage pas la fiction.
On n’aime pas les mails longs. On aime encore moins les vides. Antoine a choisi le document. Les documents restent quand les « on en reparle » sont partis.
Béatrice répondra, ou pas. Gilles commentera, ou pas. Les collègues propres ont une phrase douce, à part. Ils la méritent. Le reste a le corps du texte.
Il n’attend pas le pot. Il n’y en aurait pas eu. Un préavis imaginaire pour un poste imaginaire, ça suffit.
Le tableur de fin de mois s’ouvrira sans lui. C’est son vrai cadeau. Quelqu’un héritera des colonnes. Quelqu’un relira le mail. L’ordre n’importe pas.
Antoine ferme l’ordinateur. Il n’est plus analyste ici. Il l’a été le temps d’une offre. Le reste était de la compta, et un climat.