Le magazine

Que des choses incroyables !

Art, voyage, innovation, humour et inspiration — pour faire de chaque jour un peu moins d'ennui.

Open space SAV, dossier vide, écran de stats éteint, porte de direction fermée.

Sauf si je demande

Manon arrive au service clients. Sandrine, la chef, passe ses journées sur les réseaux et enterre les problèmes pour que le sien reste content. Pendant une démo, Manon propose une méthode d’un ancien poste. Sandrine, en public : pas de suggestions, pas d’aide, sauf si je demande. Fais ce que je dis. L’équipe contourne Sandrine dès qu’elle n’est pas là. Des années plus tard, le supérieur saute. Sandrine reporte au président, panique : des stats téléphone pour cet après-midi, aucune idée. Hélène, qui sait que Manon sait : tu ne lui dis pas, hein ? Manon : elle ne veut d’aide que si elle demande. Elle n’a pas demandé. Sandrine entre les mains vides. Virée dans la semaine.

Porte d’embarquement, pile de valises surtaxées, siège éco, coupon affaire déchiré.

Bagages en trop

Éric part quatre mois. Une jambe internationale, puis une kyrielle de sauts domestiques de deux ou trois heures, bureaux satellites, beaucoup de bagages. L’agence avait mis de l’affaire. Les RH torpillent : tout le domestique en éco, sans exception. La boîte paie le surplus de bagages. Passer en affaire : environ 900 euros. Les surplus : environ 300, fois neuf vols, plus de 1 800. Il aurait pu être assis. La firme aussi, moins dépensière. La règle est la règle.

Rayon audio, caisson, ampli, kit de câbles, ondes graves sans paroles.

Le caisson sans paroles

Yassine aide, si on lui demande. Un client désigne un caisson, le carton, l’ampli, le kit. Il paie. Zéro question. Des jours plus tard, il revient, furieux : aucun « mot » ne sort, peu importe les boutons. Yassine explique : un caisson, c’est le grave. Il fait entendre les enceintes seules, le caisson seul, les deux. Le client : pourquoi vous ne m’avez pas dit ? — Vous n’avez pas demandé. Vous aviez l’air de savoir exactement ce que vous vouliez.

Table de dîner, deux clés dans une coupelle, crochet vide, cartons de déménagement.

Pas de clé pour belle-maman

Chloé et Antoine ferment sur leur première maison. Trois ans à mettre de côté. Au dîner, Josette demande quand elle aura un double, « pour les urgences ». Chloé : aucune clé prévue pour la famille. La maison est à eux. Pas d’entrée sans prévenir. Josette : je suis sa mère, j’en dois une. Chloé rappelle l’ancien appart, la nourriture apportée pile quand ils étaient occupés. Plus tard, Antoine parle d’humiliation. Élodie exige des excuses. Chloé : ce sont des limites de primo-accédants, pas une prise de pouvoir. Un double dans le dos, et il faudra en parler. Une phrase honnête à table, ce n’est pas une humiliation.

Salle de réunion vide, badge de sécurité, deux chemises de brevets, carton de bureau.

Vous êtes sûrs

Gérard a cinquante-cinq ans, un métier quasi unique, une activité annexe déclarée, un contrat syndiqué. Pas d’heures gratuites, sauf urgence. Le nouveau management veut des soirs offerts et des applaudissements. Ils le prennent sur un mail d’annexe, en pause, sur le portable pro — la DSI l’autorise. Licenciement pour « vol de ressources ». À table, deux fois : vous êtes sûrs ? Oui. La sécu l’escorte. Le syndicat annule. L’avocat envoie une mise en demeure déjà prête sur deux brevets. Les RH le supplient. Il consulte à six fois le taux. Prud’hommes : trois mois et vingt-quatre de rupture. Il reste à vingt heures, au tarif taxe. Le pot de bonus paie.

Derniers articles

Salle des profs, horloge à 8 h 28, tasse de café, téléphone face contre la table.

Quarante-cinq minutes

Inès n’est pas prof. Soutien, déléguée. Service à 8 h 30. Elle arrive souvent à 8 h 15, café, puis le bureau. Patricia fait un théâtre si le café arrive au bureau à 8 h 33. Le déjeuner non payé fait 45 minutes dans la convention. Patricia la veut de retour à 13 h 40, fin de la cantine. Inès ne peut pas commencer avant 13 h. Donc elle rentre cinq minutes dans les cours. On lui propose de payer les cinq. Elle refuse : la pause est dans le texte ; la couper, c’est du majoré. Elle prend les 45. Les minutes de trop, un fil. Elle arrive encore vers 8 h 15. Elle boit en salle. Jamais au bureau avant 8 h 28.

Nuit, concession poids lourds, camion près d’un pont ouvert, pistolet à graisse.

Un graissage pour la nuit

Nadia écrit les bons, concession poids lourds ouverte 24 h près d’une sortie. Devant : une heure max, pas la nuit. Roland chasse les trop garés. Un chauffeur à barbe grise, fournisseur, dit qu’il dort là depuis des années. Nadia : les fournisseurs ne sont pas exemptés — mais si le camion est en atelier, on peut dormir dedans tant que c’est ouvert. Sans une seconde : « Il me faut un graissage. » Il se gare comme il faut. Le bon n’entre pas tant qu’il n’a pas donné la place. Nadia part deux heures plus tard. Elle ne le revoit pas. Roland est furieux. La règle le permet. Entièrement.

Allée de lotissement, motos et petite voiture, deux berlines sur une rue étroite.

Trois véhicules maximum

Baptiste collectionne. Quatre permis sous le même toit. L’ancienne règle disait « un véhicule classe C par allée » — classe C n’existe pas pour les voitures. Il remplit le garage, cinq dehors. Les courriers meurent dès qu’il demande la définition. Un an plus tard : trois véhicules max, voté à 85 %. Il obéit. Deux voitures sur la voie publique, cédée à la ville. Artère trop étroite, motos et smart seulement, demi-tours partout. Nouveau vote : autant de véhicules immatriculés qu’on veut. L’allée en tient neuf.

Bureau de nuit, tableur d’heures, casque, calendrier avec une semaine cerclée.

Le repos compensateur

Mehdi est seul sur le support d’un énorme projet télécoms. L’astreinte double presque le salaire. La direction veut passer aux récupérations dans deux mois. Il enchaîne un mois d’heures en plus, la file descend. Il montre à Olivier le tableur : une semaine d’astreinte = 41 heures de repos, contrat à 37 — il devrait poser toute la semaine suivante, payé par le projet. Le flux s’écroule. On ne peut se plaindre ni des heures, ni de la règle. Deux semaines plus tard, c’est « reporté ». L’équipe passe de 1 à 4. Mehdi glisse vers le dev. Le projet n’est jamais passé en récup.

Maison de 1930 au bord du lac, poêle allumé, clipboard de règlement barré.

Le poêle hors association

Théo a vingt-cinq ans et une maison de 1930 au bord de l’eau. Chauffage : poêle et cheminée. Corinne, voisine d’un chantier tout neuf, ne croit pas qu’il soit propriétaire. Elle demande les parents. Puis le règlement bois. Il n’est pas dans l’association. Elle revient avec un « inspecteur ». Le mensonge tient une phrase. Théo les met dehors. Il documente. Ils n’ont aucune prise.

Table d’aéroport, steak et fruits de mer, carte d’embarquement, note de frais.

Les steaks à l’aéroport

Karim se fait retoquer un dîner de chaîne à dix euros, rentrant de l’aéroport : les repas ne comptent que pendant le « vrai » déplacement. Il dîne dès lors au départ, keto, steaks et fruits de mer. Mille cinq cents euros en plus. Les notes veulent une explication. Il l’a : vous avez dit l’aéroport, et je vends mieux nourri. La règle s’élargit. Il relâche les steaks. Un peu.

Pente, allée de terre neuve, pick-up rouillé en travers, mot sous l’essuie-glace.

Le pick-up sur l’allée

Gaspard construit sur le terrain vague et taille une allée en partie chez Odette et René, sans demander. Cicatrice énorme. Il nie. Les bornes, non. Pas de procès cher, pas d’écrasement non plus. Joël, père d’un ami, gare son pick-up rouillé en travers, chez eux, mot et numéro. Le chantier n’atteint plus le site. Pas de portage à la main, pas de remorquage. Gaspard paie une servitude. Joël a des caisses de bière.

Palier de nuit, sonnette allumée, horloge à 23 h 30, place numérotée par la fenêtre.

Sonnette à vingt-trois heures trente

Premier appart, une place numérotée. Noé demande poliment à Kenza s’ils peuvent parfois payer la sienne, souvent vide. Elle trouve ça mal élevé : c’est pour les invités. Des jours plus tard, sonnette à 23 h 30 : c’est eux, garés là ? Une amie en avait besoin. Aline : on ne sonne pas à cette heure. Pas d’excuse. Plus tard, une voiture dans LEUR numéro. Aline la bloque. Frère d’un coloc, « d’habitude prise ». Elle montre les visiteurs. Civile. Limites nettes.

La lettre, quand il y en a une

Pas de ritournelle le lundi matin. Ton e-mail, rien d’autre — et seulement si on a vraiment quelque chose à raconter.

On s’en sert uniquement pour t’écrire, s’il y a une lettre. Pour retirer l’adresse : contact@ennuipas.com.

Open space SAV, dossier vide, écran de stats éteint, porte de direction fermée.

Sauf si je demande

Manon arrive au service clients. Sandrine, la chef, passe ses journées sur les réseaux et enterre les problèmes pour que le sien reste content. Pendant une démo, Manon propose une méthode d’un ancien poste. Sandrine, en public : pas de suggestions, pas d’aide, sauf si je demande. Fais ce que je dis. L’équipe contourne Sandrine dès qu’elle n’est pas là. Des années plus tard, le supérieur saute. Sandrine reporte au président, panique : des stats téléphone pour cet après-midi, aucune idée. Hélène, qui sait que Manon sait : tu ne lui dis pas, hein ? Manon : elle ne veut d’aide que si elle demande. Elle n’a pas demandé. Sandrine entre les mains vides. Virée dans la semaine.

Porte d’embarquement, pile de valises surtaxées, siège éco, coupon affaire déchiré.

Bagages en trop

Éric part quatre mois. Une jambe internationale, puis une kyrielle de sauts domestiques de deux ou trois heures, bureaux satellites, beaucoup de bagages. L’agence avait mis de l’affaire. Les RH torpillent : tout le domestique en éco, sans exception. La boîte paie le surplus de bagages. Passer en affaire : environ 900 euros. Les surplus : environ 300, fois neuf vols, plus de 1 800. Il aurait pu être assis. La firme aussi, moins dépensière. La règle est la règle.

Rayon audio, caisson, ampli, kit de câbles, ondes graves sans paroles.

Le caisson sans paroles

Yassine aide, si on lui demande. Un client désigne un caisson, le carton, l’ampli, le kit. Il paie. Zéro question. Des jours plus tard, il revient, furieux : aucun « mot » ne sort, peu importe les boutons. Yassine explique : un caisson, c’est le grave. Il fait entendre les enceintes seules, le caisson seul, les deux. Le client : pourquoi vous ne m’avez pas dit ? — Vous n’avez pas demandé. Vous aviez l’air de savoir exactement ce que vous vouliez.

Table de dîner, deux clés dans une coupelle, crochet vide, cartons de déménagement.

Pas de clé pour belle-maman

Chloé et Antoine ferment sur leur première maison. Trois ans à mettre de côté. Au dîner, Josette demande quand elle aura un double, « pour les urgences ». Chloé : aucune clé prévue pour la famille. La maison est à eux. Pas d’entrée sans prévenir. Josette : je suis sa mère, j’en dois une. Chloé rappelle l’ancien appart, la nourriture apportée pile quand ils étaient occupés. Plus tard, Antoine parle d’humiliation. Élodie exige des excuses. Chloé : ce sont des limites de primo-accédants, pas une prise de pouvoir. Un double dans le dos, et il faudra en parler. Une phrase honnête à table, ce n’est pas une humiliation.

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