La balance du marché

Un seul plateau. Le communal. Point.
Sabine vend le fromage. Après un contrôle — un gramme, une amende, un mardi — Clovis, le régisseur, impose la balance de la ville. Étalonnée. Étiquette. Les autres, au dépôt. Une note sous l’auvent. Sabine lit. Elle range la sienne. Elle pèse. Communal. Ça tombe juste. On ne discute plus les grammes. On discute la file. C’est déjà ça.
Mardi, étalonnage. La balance part. Une semaine. Clovis l’a dit. Après. Sabine ne peut plus vendre au kilo. Elle vend à la pièce. Un crottin. Un sachet. Clovis passe. Hors tarif. Le tarif est au kilo. Elle le montre. Il le connaît. Il dresse. La pièce n’est pas prévue. Le kilo, si. Sans plateau, non. Elle baisse le store. Une heure. Les crottins restent. Au frais. Chez elle. Pas ici.
Jeudi, Clovis. Un fromage pour sa mère. Il veut un demi. Sans balance. Sabine montre la note. Sa note. Il dit le régisseur. Elle dit le tarif. Il repart. Sans demi. Avec l’amende d’avant, encore dans la poche. Il ne la sort pas. Elle non plus. Les crottins, eux, durcissent. Un peu.
Lundi, la balance revient. Une ligne : pièces, si le tarif le dit. Sabine ajoute trois lignes. Crottin. Tomme. Sachet. Clovis vise. Il vise longtemps. Il signe. Le mardi suivant, étalonnage encore. Une journée, cette fois. Elle vend les trois lignes. Pas le kilo. Un client veut le kilo. Elle refuse. Il attend lundi. Clovis aussi. Sa mère, elle, a eu un crottin. Tard. Dur. C’est déjà un tarif.