La balançoire du voisin

Le fourré est vide. La balancelle, en face.
Claire emménage en janvier. Les enfants, le portique, la balancelle — le jardin d’avant, recollé ici. L’hiver tient. L’eau, moins.
La crue emporte les deux. Des dizaines de mètres, assez pour que le jardin ait l’air d’avoir déménagé tout seul. Le portique finit dans les arbres, au bord de leur terrain, tordu. Ils le ressortent. C’est long. C’est à eux. Ça se voit encore.
La balancelle, elle, a choisi le fourré d’en face, de l’autre côté de l’allée. Chez les voisins. Claire la voit, coincée dans les ronces, trop loin pour un geste sans entrer.
Ils finissent le portique. Le lendemain, ou le soir même : des panneaux. Défense d’entrer. Piqués assez tôt pour que ce ne soit plus un oubli. Assez pile pour empêcher d’aller couper le bois, récupérer le banc.
Ensuite, le voisinage devient un métier. On les évite. On les apostrophe à la limite. On passe au ralenti devant les enfants. On appelle la police. La police écoute, regarde l’allée, et reste du côté de Claire. Ce n’est pas une victoire. C’est une phrase : vous n’êtes pas le problème.
Claire ne coupe pas le fourré. Le panneau a déjà tranché le geste. Elle photographie ce qu’elle a : la balancelle d’avant la crue, le vide d’après, le motif du bois.
Un matin, le fourré est vide. En face, sur leur pelouse à eux, la balancelle pend à des poteaux neufs. Orientée vers le jardin de Claire. Quand les feuilles tomberont, on pourra s’asseoir et regarder. C’est déjà le cas, un peu.
Le motif colle. Les photos aussi. Personne n’est venu rendre. Personne n’a proposé. Ils l’ont installée. Un meuble de janvier, une crue, un panneau, puis des vis.
Les enfants voient le banc. Claire aussi. L’allée n’a pas changé de largeur. Seulement de propriétaire, pour un objet qui n’avait pas demandé l’avis des poteaux.
Elle ne traverse pas. Elle a déjà trop vu comment on appelle, ensuite. La balancelle se balance un peu, au vent. Chez eux. Vers elle. C’est tout le prêt qu’on lui a fait : aucun.