La box à l’aube

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Elle a tout remis à zéro. Avant le café.

Camille a quitté chez Sylvie. Pas un départ en fanfare : une valise, les grands-parents, une maison trop toxique pour y rester. La vieille box est restée. Branchée. Aux comptes de Camille, encore.

Les recommandations ont commencé à parler. Dessins pour enfants. Faits divers. Puis, dans l’autre sens, les listes de Camille : séries queer, animation pour adultes. La famille, elle, n’aime pas qu’on existe ainsi. Elle aime encore moins le voir sur l’écran du salon.

Camille demande qu’on se déconnecte. Sylvie hurle. Ce n’est pas une discussion. C’est une possession. La box appartient à la maison. Les comptes, selon Sylvie, aussi.

Camille coupe à distance. Un mois plus tard, la famille est revenue. Les mêmes profils. Les mêmes listes. On a retapé le mot de passe, ou on l’a encore. La politesse a une durée de vie courte.

Alors l’aube. Pas un mot. Réinitialisation usine. L’écran tourne, vide, enfin. La box redevient un objet. Plus un salon partagé malgré soi.

Sylvie téléphone. Avares. Interdits de la vieille télé. Il faudra des excuses à Patrick, le beau-père, comme si un compte volé était une visite. Camille n’excuse pas un accès. Elle l’a retiré.

Autour, on est d’accord sans le dire trop fort : c’était son compte. Le reste est du bruit. Le bruit d’une maison qui veut les listes des autres et la morale pour soi.

Les grands-parents ne commentent pas la box. Ils ont déjà commenté le départ. C’était suffisant.

Camille range la télécommande qu’elle n’emporte pas. L’aube a fait le travail. Le salon, là-bas, peut recommander ce qu’il veut. Sans elle.