La chasse au volant

Le volant n’était plus là. Les notes, si.
L’atelier a un surnom. On y remet des avions en état. On y bricole aussi des voiturettes, assez pour que le hangar passe pour un club. Lucas, tout juste arrivé, a décidé que ça faisait de lui un chef.
Il prend Mathieu à part. Oublie le vrai grade au-dessus. Obéis-moi : je suis responsable de la production. La phrase a le poids d’un organigramme. Elle n’en a pas la case.
Le lendemain, Lucas n’est pas là. Sa voiturette pour le major attend. Un geste de zèle. Un volant tenu par un seul boulon. Mathieu le voit. Il ne le resserre pas. Il l’enlève.
À la place, une chasse. Le casier d’abord : change de cœur. Puis la bête qui crache le feu — le barbecue du parking. La fosse à fumée. Les marais toxiques, fûts jaunes, pictogrammes. Les oiseaux mourants, qui sont des avions trop longtemps au sol.
Monter le hangar blanc. La montagne de neige. Au faîte, une orchidée en papier. Dernier mot : reviens, ventile. Mathieu n’a pas besoin de quitter le siège. Le volant est derrière, visible par la grille d’aération. À portée de main. Toute la journée pour le comprendre.
Lucas revient avec une feuille. Il tourne. Il a l’air perdu, ce qui est déjà un progrès. Le major le croise. Il comprend plus tard pourquoi le gamin a arpenté le hangar comme un plan.
Mathieu n’avoue rien tout de suite. Il n’en a pas besoin. Le volant est revenu. Le boulon aussi, en nombre cette fois. La production, elle, a repris sans organigramme de poche.
On ne punit pas. On raconte. Dans un atelier où l’on bricole des voiturettes, une chasse au trésor est déjà un procès-verbal.
Lucas parle moins fort. Ou plus, on verra. Mathieu range une note oubliée. Le cœur, sur le casier, s’efface tout seul.