La copine du coloc

Ils n’étaient pas un couple. La copine, si.
Sophie et Nathan n’ont jamais sorti ensemble. Colocation, courses, le silence propre des gens qui n’ont rien à démêler. Puis il a une copine. Vers le troisième rendez-vous, l’air change.
D’abord, un dîner à trois. L’idée de Nathan, trop vite, comme une rustine. Sophie dit peut-être. Elle n’a rien à vendre. Elle n’a rien à cacher non plus, ce qui ne suffit pas toujours.
Ensuite, plus de dîner. Il veut partir. Le parking, d’abord : trop loin, trop cher, trop soudain. Puis le vrai mot : la copine n’est pas à l’aise. Sophie habite trop là. Sophie est trop une femme, dans le même bail.
Il pose l’alternative comme un choix civil. Si elle s’en va, il reste. Si elle reste, il s’en va. Pas de cri. Pas d’accusation. Juste un ultimatum qui a l’air d’un planning.
Sophie écoute. Elle n’était pas en couple. Elle se retrouve à l’être, malgré elle, dans la tête de quelqu’un qui n’habite pas là et qui a déjà un avis sur le canapé.
Elle ne plaide pas l’amitié. Elle ne propose pas le dîner. Elle demande le délai. Nathan a l’air soulagé qu’on reste poli. La politesse, ici, fait le travail du gâchis.
Elle regardera le bail. Lui aussi. L’un des deux pliera, ou les deux. La copine, elle, n’a pas à plier : elle a déjà déplacé un appartement sans y poser une valise.
Sophie range une tasse de trop. Il y en avait deux. Il y en a eu trois, en idée. Elle n’invite personne. Elle n’a plus à prouver qu’elle n’était pas une histoire.
Nathan dit encore merci, presque. Merci d’avoir compris. Elle a compris. Ce n’est pas la même chose qu’accepter le rôle.
Le parking, le soir, est encore le parking. Ce n’était pas le sujet. Le sujet tenait dans une copine au troisième rendez-vous, et un coloc qui a choisi le plus simple : que Sophie cesse d’exister au salon.