La DS du proprio

Il se gare où il veut. La Grenouille aussi.
L’immeuble a un parking privé. Des panneaux. Assez clairs pour ceux qui lisent. Hervé, nouveau voisin d’en face, n’a pas ce réflexe. Deux places réservées, vides, deviennent les siennes. Puis une voiture en travers de l’entrée de côté. Celle qu’utilise l’ambulance, pour un patient en dialyse, en bas.
La police verbalise. Les amendes restent. Hervé est un notable local. Il ne bouge pas. Il a l’habitude des phrases trop grandes pour un trottoir.
Armand, le proprio, rentre de loin. Un poisson trop gros pour ce quartier, en vacances. Il demande, calme, de déplacer. La réponse tient : « Je me gare où je veux. »
Armand a un camion. On décharge une vieille Citroën DS. La Grenouille. Légalement, sur son lot. Pile devant les deux voitures d’Hervé. Un blocage trop élégant pour un 4x4.
Hervé recule. Dans la DS. Les deux carrosseries se plient. Armand porte plainte. Ce n’est plus un stationnement. C’est un choc. Volontaire, dira le tribunal.
La Grenouille devient un chantier assuré. Hervé, un responsable. Deux mille euros d’amendes encore ouvertes. La société de leasing le lâche : accident délibéré. Il ne se gare plus ici. Il a appris le « où je veux » à l’envers.
Le patient, en bas, retrouve l’entrée. L’ambulance aussi. Les panneaux n’ont pas changé. Juste le voisin.
Armand reprend l’avion. La DS, elle, a encore des années de tôle à aimer. Hervé peut acheter une autre voiture. Pas une autre place.
On ne gagne pas un parking à force de le voler. On le perd en reculant trop vite. La Grenouille reste. C’est déjà assez de français pour une allée.