La place sous la neige

Rue publique. Chaise tacite. Porte fermée.
Trois locataires. Trois entrées. La rue, elle, n’est à personne. Après la tempête, Olivier pelle mal une place sur le bitume public et envoie la neige vers celle d’Inès. C’est déjà un voisinage.
Sa voiture disparaît. Une semaine et demie. La place reste ouverte, trop ouverte. Inès s’y gare trois jours. Elle travaille la nuit. Le jour, elle dort. Le stationnement d’hiver a des chaises, des seaux, des règles qu’on n’écrit pas.
À midi, elle le voit. Olivier pelle sa vieille place à elle, trop vite, trop en colère pour de la neige. Puis il monte. Coups dans la porte. Pas un mot : un rythme.
Inès n’ouvre pas. Seule. Jeune. Les chats. Une porte, c’est déjà une phrase. Elle n’a pas à la prononcer pour un homme qui tape.
Il part. Le palier redevient un palier. La place, dehors, redevient une place. Personne n’a sorti de chaise. Personne n’avait le droit d’en sortir une : c’est la rue.
Elle ne photographie pas. Elle n’écrit pas au proprio. Le bruit a déjà assez parlé. Olivier a voulu un tribunal de midi. Il a eu une porte.
Le soir, elle reprend la voiture. La neige a durci. Les trois portes sont encore trois portes. On se croise, ou pas. Le bitume ne tranche pas.
En hiver, certains croient qu’une pelle donne un titre. Inès a cru qu’une absence de voiture donnait un trou. Les deux phrases se valent. Seule la seconde est légale.
Les chats rentrent. La porte reste close une minute de plus, par habitude. Olivier, quelque part, a fini de pelleter ce qui n’était pas à lui. Ou pas. Ce n’est plus son affaire à elle.