La plante personnelle

Rien de personnel. Donc plus de ficus.
Sidonie arrose le ficus depuis quatre ans. Personne ne l’a inventorié. Personne ne l’a acheté. Un stagiaire l’avait posé, un été. Amaury, le nouveau workplace, envoie une note. Surfaces nues. Zéro objet personnel. Cadres, tasses, plantes. Un lundi. Un carton. Les cadres glissent dans les tiroirs. Les tasses restent. On verra. La plante, elle, ne rentre pas dans un tiroir.
Elle pose le ficus dans le hall. Elle le prend le soir. Le coin est pâle. Un rond sur la moquette. Amaury passe. Où est le végétal d’ambiance. Elle dit : personnel. Pas d’inventaire. Pas de numéro. Il cherche dans le tableau. Rien. Il cherche dans les photos du site. Le ficus y est. Derrière une équipe. Pas de légende. Pas de code.
Il commande un ficus. Six semaines. En attendant, le coin reste. Un client photographie le vide. Amaury n’aime pas. Il demande à Sidonie de ramener le sien. Prêt. Elle demande un bon. Il n’y en a pas. Elle ne le ramène pas. Chez elle, il a une fenêtre. Il tient. Le rond, au bureau, tient aussi. Plus pâle.
Le ficus de société arrive. Plus petit. Sidonie l’arrose. Une fois. C’est écrit : entretien prestataire. Le prestataire vient le jeudi. La terre est sèche. Amaury a une autre note. Les tasses, elles, n’ont pas bougé. Personne n’a osé. Sidonie boit dans un gobelet. C’est fourni. Le prestataire arrose. Trop. Le petit ficus perd une feuille. Amaury la ramasse. Il la pose sur le bureau de Sidonie. Personnel, dit-il. Elle la jette. C’est fourni, ça aussi.