La règle des trois mètres

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Trois mètres. Bonjour.

Clémence tient le rayon droguerie. Lessives, sacs, le fond du magasin. Honorine, la régionale, débarque un lundi avec un mètre ruban. Toute personne qui entre dans un cercle de trois mètres a droit à un bonjour, un sourire, les yeux. Pas un signe de tête. Un bonjour.

On colle des pastilles. Grises. Les clients ne les voient pas. Clémence, si. Elle a le plan. Le cercle coupe l’allée, la porte du stock, un bout de la vitrine.

Le facteur pose le sac à 2,70 m. Bonjour. Il lève la main. Il n’achète rien. Le livreur d’eau aussi. L’homme qui traverse pour le tram. La femme qui lit son téléphone derrière la vitre : 2,90 m, si on compte le trottoir. Clémence sourit. La femme range le téléphone. Gênée. Ou fâchée. La règle ne dit pas.

Mardi, un chien. Le maître est dans le cercle. Le chien aussi. Bonjour. Le maître répond. Le chien non. Honorine n’a rien écrit sur les bêtes. Clémence n’invente pas.

Jeudi, la visite. Honorine entre par le parking. Basile, le directeur, l’attend près des caisses. Entre la porte automatique et le bureau, quatre employés. Quatre cercles. Quatre bonjours. Elle n’a pas encore posé le manteau. Dans la réserve, elle demande un café. La pièce fait quatre mètres. Clémence est à l’entrée. Bonjour. Encore.

Honorine pose le mètre sur le bureau. Elle rature la note. Une fois. À l’entrée. Seulement. Les pastilles restent. Elles sont déjà payées. Clémence les évite, maintenant. Le facteur aussi. Il passe plus loin.