L’appart en plein soleil

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Sarah revenait. Le jour, non.

Sarah part pour une pause. Temporaire, dit-elle. Chez sa sœur, à l’autre bout du pays. Elle laisse une clé, un tiroir, la moitié d’un canapé. Julie dit d’accord. Les pauses, ça se termine. Celle-ci, non.

Les messages de Julie restent vus, ou pas. Relances polies, puis moins. Deux mois. Le loyer, lui, n’a pas pris de pause. Julie le paie en entier. L’agence n’a pas de case « disparue gentiment ». Le compte non plus.

Elle suppose un départ. Pas un enterrement : un départ. Elle range ce qui traîne de Sarah dans des cartons, sans jeter, près de la porte, comme une phrase en attente. Puis elle repeint. Blanc. Vraiment blanc. Les murs avaient la couleur des grottes que Sarah exigeait : stores épais, ampoules jaunes, le jour traité comme une insulte.

Julie pose des voilages. Un miroir. Des LED au plafond, trop honnêtes. L’appart cesse d’être une salle de développement. Il devient un appart. Elle y dort sans lampe frontale. Elle invite une amie qui dit « enfin ».

Sarah revient un jeudi, valises déjà prêtes à « reprendre ». Elle pousse la porte. La lumière la frappe avant Julie. Elle lève un bras, trop tard. Elle dit que c’est une agression. Elle dit que c’est chez elle. Les deux phrases se marchent dessus.

Julie montre les virements. Les silences. Les cartons. Sarah montre la clé qu’elle a encore. Un contrat, dit-elle, ça ne se termine pas par une hypothèse. Julie répond qu’un contrat, ça se parle. Personne n’avait parlé.

Sarah fond. Pas un théâtre : une douleur. Les yeux, la tête, le genre de migraine qu’elle avait documenté, autrefois, dans une conversation que Julie avait prise au sérieux — assez pour vivre dans le noir, pas assez pour attendre deux mois sans nouvelle.

Elle repart le soir, une main sur le front, les valises plus lourdes de n’avoir pas déballé. Elle enverra un message, plus tard, sur le dépôt, sur la lumière, sur le vol d’un intérieur. Julie répondra sur le loyer. Ils ont tous les deux une pièce. Ils n’ont plus le même appartement.

Le miroir reste. Les LED aussi. Julie baisse un peu, le soir, par hygiène, pas par regret. Sarah, quelque part chez sa sœur, raconte un kidnapping de lux. Julie raconte un vide. Les deux versions circulent. La lumière, elle, n’arbitre pas. Elle éclaire. C’est déjà trop, pour l’une. C’était le minimum, pour l’autre.