Le badge de la crèche

Pas de badge. Pas de seuil.
Perrine tient la porte. Après une alerte — rien de grave, un couloir, un inconnu trop pressé — Achille, le directeur, impose le badge visiteur. À tout le monde. Les parents aussi. Une barrette. Un plateau. Un cahier. Elle aligne. On montre. On entre. On rend. Le soir. Les enfants, eux, n’ont pas de badge. Ils ont un prénom. Sur un casier. C’est déjà trop, dit-il. Elle n’ajoute rien.
Une mère. Oubli. Le plateau est là. Les barrettes aussi. Il faut Achille pour ouvrir le tiroir. Il est en réunion. Jusqu’à onze heures. C’est sur la porte. L’enfant est déjà à l’intérieur. La mère reste. Dans le hall. Une chaise. Perrine ne fabrique pas d’exception. Le cahier non plus. Onze heures deux. Achille signe. La barrette. Cinq minutes. La mère entre. L’enfant a déjà goûté. Sans elle.
Jeudi, la compagne d’Achille. Leur fils. Pas de badge. Perrine applique. Sa règle. Achille est en réunion. Encore. La compagne attend. L’enfant aussi, de l’autre côté. On le voit. On ne l’appelle pas. Le règlement. Achille sort. Il voit. Il ne dit pas exception. Il dit oubli. Il signe. Il se badge. Elle aussi. Deux barrettes. Le tiroir a assez.
Il ajoute : familles du personnel, liste, à l’avance. Perrine écrit deux noms. Le sien n’y est pas. Elle n’a pas d’enfant ici. La compagne, la semaine suivante, est sur la liste. Sans barrette, encore. Perrine la laisse. La liste. Achille, lui, oublie la sienne dans la réunion. Il attend. Deux minutes. Elle lui ouvre le tiroir. Il a la clé. Il ne s’en sert plus. C’est déjà une habitude.