Le cadenas Switch

Les icônes sont parties. Le silence, non.
Mathis a quatorze ans. Il a une Switch 2. Yves, le père, a une cartouche flash. Pas chère. Chine. Des icônes de jeux qui n’ont pas été achetés. Il la branche. Il charge un titre. Juste pour voir. Juste un instant.
Mathis panique. Une console en ligne, une cartouche trop complète : le ban n’est pas une légende de cour. C’est une phrase qu’on répète assez pour y croire. Il efface les icônes. Il pose un cadenas. La cartouche, elle, est interdite pour de bon.
Yves trouve ça trop. Un essai. Un père. Un salon. Mathis trouve ça trop peu. La machine est à lui. Le risque aussi.
Des mois plus tard, la console est encore en ligne. Pas de ban. Le salon, lui, n’est plus tout à fait en ligne. On se parle autour de la cartouche comme on se parle autour d’une porte claquée.
Personne n’a gagné une guerre. Yves a voulu montrer un jeu. Mathis a voulu garder la machine. Les deux gestes tiennent. Ils ne se regardent plus.
La cartouche reste dans un tiroir. Trop bon marché pour une réconciliation. Trop chargée pour un dimanche.
Mathis joue encore. Des titres payés, cette fois. Yves passe. Il ne branche plus. C’est déjà une trêve. Ce n’est pas encore une paix.
On n’écrit pas de règlement familial pour une flash cart. On le vit. Quatorze ans, ça suffit pour connaître le mot ban. Ça suffit moins pour expliquer à un père qu’un essai n’est pas un cadeau.
La maison tient. La console aussi. Le cadenas a fait son travail. Le silence, autour, continue le sien.