Le compte-rendu automatique

Le robot n’a oublié personne. Surtout pas le client.
L’équipe a un preneur de notes. Pas un stagiaire : un robot qui écoute, résume, envoie le mail à tous les invités. Mathis l’a oublié. Tout le monde l’a oublié. C’est le principe des outils qu’on coche une fois.
Deux minutes avant le client, on est déjà là. Le client est difficile. On le dit. Planning gonflé, pour facturer plus loin. Un compte qui va partir, tôt ou tard. Les phrases tiennent dans une cuisine. Elles tiennent aussi dans un micro.
Le client arrive. L’appel se passe bien. Trop bien, même : on parle livrables, dates, le sourire qu’on met quand on vient de dire le contraire. On raccroche contents. On a « géré ».
Le mail tombe. Compte rendu automatique. Tous les invités. Donc le client. Donc les deux minutes. Donc le planning gonflé. Donc le départ annoncé de quelqu’un qui est encore là, en copie.
Le chef écrit un point d’interrogation. Un seul. Dans le fil interne, trop tard. Mathis relit le résumé. C’est fidèle. C’est le problème. Le robot n’a pas de tact. Il a une liste d’invités.
Le client répond. Poli. Que veut dire, exactement, « planning gonflé ». Il a le temps. Il a le mail. Il a deux minutes qu’on croyait hors procès-verbal.
Personne n’a de phrase prête. On avait des phrases pour lui, pas avec lui. Sandrine, le chef, ferme le fil. Elle n’ouvre pas encore le vrai sujet. Le vrai sujet est déjà parti chez le client.
On désactive l’outil, ou on croit. On fera une réunion sur les réunions. Mathis range le casque. Il n’a rien dit de pire que les autres. Il est juste le premier à relire.
Le client n’annule pas tout de suite. Il n’en a pas besoin. Il a un document. Les documents vivent plus longtemps que les « on plaisantait ».
Le point d’interrogation du chef reste sans réponse utile. La réponse utile, c’était de ne pas inviter le robot aux ragots. Trop tard. Le résumé, lui, est déjà une pièce.