Le créneau du piano

Vingt minutes. Le minuteur. Pas une de plus.
Léonie donne les salles. Après un après-midi — un élève, le Bösendorfer, trois heures, plus de places — Yves, le directeur, tranche. Créneaux de vingt minutes. Un minuteur. Un cahier. Elle aligne. On réserve. On joue. Ça sonne. On sort. On range. Le suivant entre. Personne n’a demandé le jury. Personne n’a demandé le concours. On a dit oui. On avait les vingt minutes.
Un examen. Quarante-cinq minutes sur la convocation. Léonie découpe. Trois créneaux. Dix d’intervalle, le temps de sortir. Le jury s’installe. Vingt. Ça sonne. Ils sortent. Ils reviennent. Vingt. Ça sonne. Ils regardent le cahier. Le troisième est dans vingt minutes. Un autre élève entre. Des gammes. Le jury attend dans le couloir. L’élève de l’examen aussi. Debout. Sans piano.
Le troisième créneau. Le jury est parti. Un train. Léonie n’invente pas les trains. L’élève joue. Seule. Le minuteur. Vingt. Ça sonne. Elle range. Yves descend. Il voulait écouter. Trop tard. Il demande une exception. Elle montre le cahier. Son cahier. Il le referme. Il ne dit plus exception. Il dit acoustique.
Lundi, une ligne : examens, quarante minutes, sur demande. La demande prend huit jours. Le concours était aujourd’hui. Léonie le dit. Yves aussi. Il note la prochaine session. Dans un an. Le minuteur reste. Vingt. L’élève, elle, a joué. Seule. C’est déjà une note. Pas la bonne. Le Bösendorfer, lui, est libre. Dix minutes. Personne ne le prend. On a appris. Trop juste.