Le micro-ondes à trois minutes

Un badge. Trois minutes. Pas une de plus.
Capucine tient la cuisine. Après un plat oublié — rien brûlé, une odeur, un lundi — Brice, le QHSE, installe un lecteur. Badge. Trois minutes. Un bip. La porte se verrouille ensuite une heure. C’est la slide. Il l’a projetée. Personne n’a demandé le lasagne. Personne n’a demandé l’heure. On a dit oui. On avait faim plus tard.
Un lasagne. Huit minutes sur la boîte. Elle badge. Trois. Elle attend. Elle badge. Refus. Une heure. Elle mange froid. Le midi aussi. Le soir, elle emporte. Le lecteur clignote. Il aime clignoter. Les collègues alignent des soupes. Trois minutes, ça tient. Le lasagne, non. Capucine note les soupes. Ce n’est pas demandé. Elle le fait quand même.
Jeudi, Brice. Un risotto. Il badge. Trois. Pas cuit. Il veut une exception. Capucine montre la slide. Sa slide. Il apporte un four de maison. Matériel personnel. Interdit. Une autre slide. Elle le dit. Il le range dans le coffre. Le risotto refroidit sur le plan. Il le mange. Il ne dit plus exception. Il dit texture.
Lundi, une ligne : plats du personnel, six minutes, deux badges. Le lasagne passe. Le risotto de Brice aussi. Le four de maison, non. Il reste dans le coffre. La slide a une date. Capucine a le double. Le bip aussi. À midi, la file est plus longue. Six minutes, deux fois. Les soupes attendent. Brice, lui, arrive à onze heures cinquante. Il a appris. Capucine aussi. Elle badge à midi dix. Le lasagne est chaud. Enfin.