Le parking glacé

L’eau était chaude. Les voitures, non.
Sylvain a deux petits immeubles. Un parking privé. Seize places, à peu près. Assez pour les locataires. Pas assez pour le quartier.
Des inconnus se garent. L’un d’eux, coincé, traverse les buissons pour s’enfuir. Les panneaux de fourrière calment un moment. Puis le réveillon. Toutes les places. Des voitures jusque dans la rue. La dépanneuse est à des heures. Banlieue. Sous zéro.
Sylvain ouvre la buanderie. L’eau chaude. Les arroseurs de pelouse. Cinq heures. Il les déplace. Il glace tout : carrosseries, serrures, joints de vitres, calandres, le bitume, la rue. Un parking devient une patinoire trop précise.
À quatre heures du matin, on frappe. Furieux. Les policiers tiennent à peine leur sérieux. Ce n’est pas une rixe. C’est une sculpture.
L’ami, plusieurs portes plus loin, a un immeuble aussi. C’est lui qui a dit de se garer ici. Le même qui a foncé dans les buissons. L’invitation tenait dans une phrase. La glace, dans cinq heures.
On attend que ça tienne. Puis les contraventions. Puis les enlèvements. Les voitures sont encore verrouillées par le gel. C’est déjà une file. C’est surtout une leçon de propriété trop claire pour un 1er janvier.
Sylvain range les arroseurs. L’eau redevient de la lessive. Les locataires retrouvent seize places. Les invités du réveillon, une facture et un pare-brise trop dur pour un grattoir.
On ne discute plus les panneaux. On les a lus trop tard, sous une croûte. Le quartier a un nouveau récit. Sylvain n’a pas crié. Il a arrosé.
Le buisson, lui, a déjà trop servi. La prochaine fois, on peut encore essayer la fourrière. Si elle n’est pas à des heures. Sinon, il reste l’eau chaude. Et le froid, qui ne facture pas.