Le pick-up sur l’allée

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L’allée passait chez eux. Le pick-up, aussi.

Quartier en pente. Les allées serpentent. Gaspard achète le terrain vague. Il se construit. Il taille une descente. Une partie passe chez Odette et René. Sans demander. Le couple a l’âge de connaître ses bornes. Pas l’âge d’aimer un procès.

Ils découvrent la cicatrice. Énorme. Sur leur coin. Le conducteur de la pelle donne le numéro. Gaspard est sec. Il nie la ligne. Les bornes, elles, ne nient pas. Odette et René ne veulent pas d’avocat cher. Ils ne veulent pas non plus qu’on marche sur eux.

Le père d’un ami les aime bien. Joël. Il a un pick-up rouillé, trop grand. Il le gare entièrement chez eux, en travers de l’allée neuve. Un mot. Un numéro. Le chantier n’atteint plus le chantier.

L’équipe ne portera pas les outils à la main. Elle ne remorquera pas : avis de violation, vol. Gaspard découvre qu’une allée, ce n’est pas une opinion. C’est un accès. Il n’en a plus.

Il paie. Une servitude. Une somme qui a l’air d’un regret. Joël reçoit des caisses de bière. Le merci tient dans du verre. C’est déjà assez pour un père qui aime un couple.

Odette range le mot. René regarde la pente. L’allée de Gaspard existe. Elle a un prix, maintenant. Elle a aussi un pick-up dans le souvenir.

On peut nier une borne. On nie moins un capot. Joël n’a pas plaidé. Il s’est garé. Le droit, parfois, commence par un frein à main.

Gaspard construit. Plus cher. Plus documenté. Les voisins, eux, ont encore leur coin. L’herbe reprend autour de la cicatrice. Pas tout à fait. Assez.

Le quartier en pente a une nouvelle histoire. Pas un procès. Une bière. Un pick-up. Une ligne, enfin lue.