Le plus grand sac

Les fleurs par terre. Le sac, non.
Margot attend. Devant elle, une femme d’un certain âge, des fleurs artificielles, le geste de celles qui ont déjà choisi le vase. La caissière est plus âgée encore. Elle a le ton calme des fins de journée.
Pas de grands sacs, dit-elle. La règle du magasin, pas la sienne. La cliente veut ceux de derrière le comptoir, empilés, visibles, interdits. La caissière n’a pas le droit. Elle le dit. Une fois. Deux.
La cliente vide les fleurs. Remboursement. Le tapis se tapisse de tiges trop belles pour être vraies. Elle se retourne vers Margot. Vous vous rendez compte.
Margot se rend compte. Pas de ce que la cliente croit. Elle dit le manque. Le ton. L’âge de la femme à la caisse. Ce n’est pas une théorie. C’est une file.
La cliente se tait. Elle n’avait pas prévu un public qui refuse le rôle. Elle ramasse trop vite, ou pas. Elle file. Les fleurs restent une seconde de trop, comme une phrase.
La caissière remercie. Un bon. Petite réduction, le geste du magasin quand le magasin a encore un peu de marge. Margot dit que ce n’était rien. C’était déjà trop, pour la file.
Elle paie ses propres choses, un sac autorisé, rien à prouver. Derrière le comptoir, la pile attend encore quelqu’un qui croit que visible veut dire dû.
Dehors, plus de cliente. Plus de « vous vous rendez compte ». Margot range le bon. Elle ne le publie pas. La caissière, elle, a déjà repris le bip.
Les fleurs artificielles ne se fanent pas. L’humiliation, si. Ou pas. Margot n’a pas à suivre ça. Elle a suivi une phrase. Elle l’a rendue.
Le magasin continue. Une autre file. Un autre sac trop grand pour le règlement, trop petit pour une dignité. La caissière a encore le calme. C’est son vrai stock.