Le procès-verbal intégral

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Elle a tout dit. Il a tout imprimé.

Nicolas est le secrétaire du comité mensuel « amélioration ». Le nom promet. Les réunions moins. Il note tout : les dates, les absents, les phrases qu’on croit hors sujet. Hélène, elle, préside. Elle aime les indicateurs. Elle aime moins les incidents. Sécurité, clients, le concret qui tache un tableau.

Quand quelqu’un soulève une rambarde, un produit, une plainte, elle parle de pleurnicherie. L’équipe se fatigue à l’avance. Nicolas, lui, écrit. Ce n’est pas de la résistance. C’est le rôle. Un procès-verbal n’est pas un dîner. On n’arrange pas les plats.

En décembre, bilan. Hélène explose. Tout le monde est incompétent. Les dossiers sont nuls. Si quelqu’un devait mourir, dit-elle, ce serait déjà fait. La phrase tombe dans la salle comme un objet. Personne ne rit. Nicolas relève le stylo. Il a l’air de celui qui n’a rien entendu. Il a tout entendu.

Il rédige. Mot pour mot. Pas de lissage. Pas de « tensions ». La phrase sur la mort reste la phrase sur la mort. Il relit. Il n’ajoute pas d’adjectif. Il n’en retire pas.

Il imprime près de cent copies. Le copieur chauffe. Il les porte à la main, bureau par bureau, y compris ceux qui n’aiment pas le papier. Le siège en reçoit une liasse. Pas un mail qu’on peut archiver sans lire. Un poids.

Hélène apprend ça par le bruit des agrafes. Trop tard pour une version édulcorée. Elle parle de trahison. Nicolas parle de compte rendu. Les deux mots se regardent. Un seul est dans le titre de son poste.

Le siège rappelle. Merci. On avait une autre musique, là-haut. On a maintenant une partition. On ne le félicite pas en public. On n’en a pas besoin. Les copies ont déjà fait le tour.

Dans les couloirs, on lit plus vite qu’on ne parle. Quelqu’un plie une copie dans une poche. Quelqu’un d’autre la laisse bien en vue, près de la machine. Hélène croise des visages trop attentifs. Elle a encore le titre. Elle n’a plus la salle.

Nicolas dépose son préavis. Deux semaines. Il n’attend pas qu’on le protège. Il a déjà trop vu comment on protège. Il range les stylos. Il laisse une clé du local. Il ne laisse pas le fichier : trop de copies existent déjà.

L’année suivante, le contrat d’Hélène n’est pas renouvelé. Pas un scandale. Une date qui n’est pas reconduite. Le comité change de nom, probablement. Nicolas, ailleurs, note encore, par habitude, les phrases que les gens croient hors procès-verbal.

La rambarde, elle, a été reprise. Discrètement. Après. Comme si la mort, une fois écrite, devenait un peu moins théorique.