Le regard du chat

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Il a lâché la laisse. Le chat a avancé.

Élodie a un petit noir. Peureux. Harnais. Le jardin, lui, a six ans de fleurs pour les insectes. Hervé, d’à côté, les a déjà appelées des mauvaises herbes. Il a passé le fil. Le jardin a perdu une saison en une après-midi.

Ensuite, le WC. Volé, ou trouvé, peu importe : balancé dans les plants. La caméra a tout pris. Karine, sa compagne, a menacé les chats. Le voisinage est devenu un métier.

Le jour où Karine le renvoie débroussailler, Élodie est dehors. Le harnais, d’habitude, suffit à tenir le noir près des mollets. Elle lâche. Pas un ordre. Un oubli volontaire.

Le chat, qui fuit le facteur, avance. Deux pas. Encore. Il s’arrête à soixante centimètres de Hervé. Il fixe. Plus fort que le moteur. Plus fort que l’homme.

Hervé recule. Le fil se tait. Ce n’est pas une attaque. C’est un regard qui a trop vu le jardin coupé, la porcelaine dans les tiges, les phrases de Karine.

Élodie ne crie pas. Elle n’a pas à traduire. Le chat a déjà parlé le seul langage que Hervé entend : ne plus avancer.

Il rentre. Le débroussailleur reste une seconde trop longtemps dans l’herbe, comme une excuse. Le jardin, ce qu’il en reste, tient.

Le soir, le harnais reprend. Le noir redevient peureux, ce qui est son métier. Élodie note juste que la peur a choisi son moment.

On ne félicite pas un chat. On le laisse rentrer. Les fleurs, elles, n’ont pas besoin d’un procès. Elles ont eu une pause. C’est déjà un été.