Le repos compensateur

Une semaine d’astreinte. Une semaine d’absence.
Mehdi est seul. Support applicatif. Un projet télécoms trop grand pour une boîte mail. L’astreinte paie : un quart du taux, les majorations du week-end. Ça double presque le salaire. C’est écrit. C’est réel.
La direction change d’idée. Dans deux mois, plus d’heures. Des récupérations. Du repos à la place de l’argent. Une circulaire trop sûre d’elle.
Mehdi ne discute pas. Un mois. Il prend les tickets. Il prend les nuits. La file, enfin, descend. Personne ne lui a demandé d’en faire trop. Il l’a fait quand même. Tranquille.
Il montre le tableur à Olivier, le chef de service. Une semaine d’astreinte, convertie : environ quarante et une heures de repos. Le contrat, lui, fait trente-sept heures. La semaine suivante, Mehdi devrait poser. Toute. Payé par le projet. Le flux n’aurait plus personne.
Olivier regarde les deux colonnes. Les tickets trop calmes. La règle trop neuve. On ne peut pas gronder les heures : la file est propre. On ne peut pas gronder la règle : c’était la leur.
Deux semaines plus tard, le changement est « reporté ». Le mot a l’air provisoire. Il tient.
L’équipe grossit. De un à quatre. Mehdi glisse vers le développement. Moins de nuits. Le même projet.
On n’est jamais passé aux récupérations. Le tableur, lui, a déjà servi. Une semaine contre une semaine. Assez pour une réforme trop fière.
Mehdi range le fichier. Il peut encore l’ouvrir. Les managers, moins. Ils ont inventé le repos. Ils ont vu le trou. Ils ont choisi le salaire. C’est déjà une politique. C’est surtout une soustraction.