Le rhume enregistré

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Le bip a suffi. Il a raccroché.

Aurélie a un rhume. Le vrai, celui qui donne une voix de cave et un nez trop occupé. Elle appelle. C’est le geste. Poser un jour. Rentrer sous une couverture.

Bertrand interdit. Pas un jour maladie, pas ce matin. Puis il commence une phrase qu’on connaît trop : il sait, légalement, qu’il y a des jours payés, mais—

Aurélie fait un bip. Pas un vrai studio. Un son de gorge, assez net. Elle dit qu’une appli enregistre maintenant. Elle l’invite à continuer. La phrase a de la place. Le « mais » aussi.

Bertrand raccroche. Le silence après un bip est déjà une politique. Il n’a pas fini sa concession. Il n’avait plus à.

Aurélie repose le téléphone. Le rhume est toujours là. Le jour, aussi. Elle n’a plus à négocier une voix contre une règle que le chef venait d’admettre.

Deux jours plus tard, elle se sent mieux. Elle en prend quatre. Au cas où. Le cas où tient dans un raccroché. On ne revient pas plus tôt vers quelqu’un qui a déjà choisi le « mais ».

Le bureau, sans elle, tient. Les rhumes aussi. Bertrand ne rappelle pas pour reprendre la phrase. C’est plus sage qu’un deuxième bip.

Elle n’envoie pas l’enregistrement. Il n’y en a pas. Il y a eu un son, une invitation, un clic. C’est assez pour un dossier qui n’existera pas.

Au quatrième jour, la voix est revenue. Aurélie aussi, ensuite. Le rhume a duré moins que la prudence. Les jours payés, eux, ont servi. C’était leur métier. Bertrand le savait déjà. Il l’avait dit, juste avant le bip.