Le Roomba et l’aspirateur

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Camille avait promis l’aspirateur. Elle a promis un jouet.

Elles sont trois, et trois thèses. La poussière n’attend pas les soutenances. Au début, Camille dit qu’elle amène l’aspirateur. Le mot suffit. Emma entend un tuyau, un sac, un bruit d’adulte. Elle signe l’état des lieux avec cette phrase dans l’oreille.

L’objet arrive dans un carton trop joli. Rond. Bas. Il part une semaine sur deux, se cogne aux pieds de chaise, change d’avis, chante un peu, s’arrête comme un enfant perdu dans un salon trop grand. Camille dit que c’est moderne. Emma dit que c’est un jouet. Les deux phrases sont vraies. Une seule respire.

Emma a les allergies. Pas une préférence de ménage. Un nez, des yeux, un dossier déjà vu par un médecin qui n’habite pas là. Le robot soulève plus qu’il n’avale. Les peluches voyagent. Emma achète un aspirateur à sacs, filtre à particules, le genre d’objet qu’on n’offre pas. Elle le paie. Elle le range dans le couloir. Elle s’en sert pour sa chambre, puis pour le commun, les jours où c’est elle.

Camille le prend mal. L’accord, dit-elle, c’était l’aspirateur. Il y en a un. En acheter un autre, c’est dire que le premier ne compte pas. C’est dire que Camille ne compte pas. Elle le dit près de l’évier, assez fort pour que ça devienne une thèse.

Emma répond le minimum. Allergies. Sac. Elle n’interdit pas le robot. Elle refuse de lui déléguer ses bronches. Camille parle de respect. Emma parle de poussière. La conversation a l’air d’un couple. Ce n’en est pas un. C’est pire : une colocation de gens trop diplômés pour plier.

La troisième, au milieu, reste neutre. Elle a une deadline. Elle a compris que trancher coûterait un dîner, puis un autre. Elle dit que les deux peuvent coexister. C’est une phrase de paix. Ce n’est pas un ménage.

Le robot continue sa biographie contre les meubles. L’autre machine attend, verticale, un peu trop sérieuse. Les sacs s’empilent dans un placard. Camille les regarde comme des preuves. Emma les jette comme des preuves.

Un dimanche, Camille lance le rond pendant qu’Emma passe le tuyau. Ils se croisent. Le petit recule. Le grand n’a rien demandé. Ça ferait une vidéo. Personne n’en fait une. Elles ont déjà trop de chapitres.

Emma ne rend pas l’aspirateur. Camille ne rend pas le mot « accord ». La troisième imprime sa thèse dans un silence de couloir. La poussière, elle, n’a pas d’avis. Elle revient. C’est son seul diplôme.