Le salon à temps plein

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Le loyer est égal. Le salon, non.

Londres. Colocation. Même part. Yasmine est dans l’hôtellerie, donc rarement là. Éric a quitté le bureau pour le conseil. Il a emmené le bureau avec lui.

Le salon avant : une télé, des canapés, une pièce commune. Le salon maintenant : un bureau, une caméra allumée, des appels jusqu’au soir. Il sort pour le plat à emporter. Pour la cigarette. C’est tout le dehors.

Il refuse la chambre du sous-sol. Pas de fenêtres. C’est pourtant celle qu’il paie. Nora a la plus petite. Elle habite déjà moins. Elle habite encore moins depuis qu’il a colonisé le devant.

Elle a demandé. Plusieurs fois. Baisser la voix. Ranger. Reprendre sa chambre. Éric entend comme on entend une notification : plus tard. Plus tard ne vient pas.

Il n’est pas sur le bail. C’est le détail qui donne à Nora une phrase qu’elle n’aime pas : partir. Lui, partir. Pas elle. Demander ça, c’est déjà habiter dans une procédure.

Yasmine, quand elle rentre, s’excuse d’être un témoin. Elle n’a pas à. Le salon n’est plus un salon. C’est le plateau d’un homme qui a quitté le plateau.

Nora mange dans sa chambre. Ce n’est pas un choix de vie. C’est un contournement. La caméra, au salon, a un meilleur angle que son assiette.

Elle n’a pas encore dit le mot. Elle le répète pour elle. Vivre dans le bureau de quelqu’un, même à loyer égal, ce n’est pas un bail. C’est une occupation.

Le soir, Éric allume encore. Nora ferme sa porte. Londres continue. Le sous-sol attend, sans fenêtres, la seule pièce qui lui revient. Vide.