Le syndicat inventé

Le conseil n’existait pas. Il a quand même frappé.
Le quartier n’a pas de syndicat. Pas de règlement de haies. Pas de conseil. Juste des maisons, des chiens, des gens qui se saluent ou pas. Ça tenait.
Des nouveaux arrivent. Ils veulent un syndicat. Une réunion d’abord. Un sondage ensuite, déjà penché. Puis le porte-à-porte, comme si les signatures allaient inventer une assemblée. Baptiste et Maëlle écoutent une fois. Ils ne signent pas. Un quartier sans syndicat n’est pas un oubli. C’est un choix, même silencieux.
Loïc se présente comme membre du conseil. Le conseil n’existe pas. Le titre, si. Il le porte comme un badge. Il le répète assez pour que ça ressemble à une institution.
Maëlle est malade. La maison est calme. On n’ouvre pas aux tracts. Loïc frappe quand même. Fort. Il a des droits, dit-il, des droits de conseil. Il pousse. La porte cède plus que l’argument.
Baptiste est en short. Ce n’est pas une tenue de procès. C’est une tenue de samedi. Il attrape Loïc. Il le porte jusqu’à la rue. Il crie. Pas une phrase de règlement : un volume. Les voisins regardent. Un syndicat inventé n’a pas de huis clos.
Loïc reste un instant sur le bitume, le temps de comprendre que le badge n’a pas suivi. Puis il s’en va. Les tracts restent sur le porche, blancs, sans force.
Six mois plus tard, il déménage. Le syndicat, lui, ne se forme pas. La réunion n’a pas de suite. Le sondage n’a plus de boîtes. Le quartier redevient un quartier.
Le chien a un hot-dog. Personne n’en fait une cérémonie. C’est juste la fin d’une après-midi trop longue. Baptiste rentre. Maëlle se recouche. La porte, cette fois, reste une porte.
On ne vote pas. On n’écrit pas de statuts. Un homme porté dans la rue a déjà clos la séance. Le conseil, n’ayant jamais existé, n’a pas à démissionner.