Le truc qui fait le truc

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Le truc. Celui qui fait le truc.

Camille tient le rayon. Une cliente cherche « le truc qui fait le truc ». Les mains bougent. C’est pour « des affaires ». Le geste a l’air d’un mode d’emploi. Il n’en est pas un.

Dix minutes. Des questions. La forme. La matière. La cuisine, le jardin, la salle de bain. Chaque réponse ouvre une autre étagère. Aucune n’ouvre le nom.

Camille tient. C’est le métier. Tenir sans rire. Tenir sans deviner trop fort. Le rayon a trop d’objets pour un mime.

Enfin, un doigt. Un produit, n’importe lequel, au bout d’une allée. « Ça. » Un épluche-légumes. Pas le voisin. Pas le cousin. Celui-là. Le plus simple. Le plus nommé, d’habitude.

Camille frôle les larmes. Pas de tristesse. De trop-plein. Dix minutes pour un outil que les enfants savent dire.

Elle le tend. La cliente remercie, comme si le chemin avait été normal. Comme si « des affaires » était un rayon.

Le reste de la file a entendu. Personne n’aide. C’est déjà une solidarité : laisser le mime aller jusqu’au bout.

Camille range le sourire. L’éplucheur part. Le truc a fait le truc. Il le fera encore, ce soir, sur une carotte, sans réunion.

Elle n’invente pas de fiche produit. « Truc » n’est pas une référence. C’est une journée. Le rayon reprend. Les mains, ailleurs, recommenceront. Camille aussi.