Le vestiaire A4

Plus grand qu’une feuille. Donc dedans.
Naël tient le vestiaire du tribunal de commerce. Après un sac oublié — rien de volé, une après-midi, un cartable trop plein — la règle : tout contenant plus grand qu’une feuille A4 se dépose. Paule, la greffière en chef, a signé. Une feuille scotchée. Un bol de jetons. Naël aligne. Il mesure. Il aime mesurer. La feuille ne bouge pas. Les sacs, si.
Un notaire arrive. Une chemise. Plus large que la feuille. D’un centimètre. Naël mesure. Il prend. Jeton 14. Le notaire garde le jeton. Il monte. Le greffe demande les pièces. Elles sont en bas. Paule déjeune. Jusqu’à quatorze heures. C’est écrit sur la porte. Le notaire lit. Il redescend.
Il attend. Quatorze heures deux. Paule lit. Elle ne rend pas sans le jeton. Il a le jeton. Naël rend. L’audience a commencé. Sans lui. Sans les actes. Le juge a renvoyé. Huit jours. Le notaire range la chemise. Il ne dit rien. Il a le jeton encore dans la main. Naël le reprend. 14. Dans le bol.
Paule ajoute : dossiers de procédure, sur présentation. Naël ouvre un cahier. Le premier créneau est jeudi. Le notaire reprend la chemise. Il ne revient pas le jeudi. La feuille A4 reste. Le bol aussi. Jeton 14 est revenu. Vide. Un avocat, le vendredi, arrive avec un A4 exact. Naël le laisse. Pile. Le notaire, lui, avait un centimètre. C’était déjà trop. C’est encore trop. La feuille n’a pas bougé.