Les chaussures du couloir

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Sept paires. Puis neuf.

Le palier n’est à personne, donc il est à Céline. Sept paires, pas appariées, juste posées où le pied a décidé. Léa loue en face. Elle compte. Ce n’est pas un goût. C’est un couloir, un risque, une issue.

Elle dit ça, une fois, poliment. Céline siège au conseil. Elle a le ton de ceux qui votent les règlements des autres. Il déménage dans deux semaines, est-ce que ça gêne ?

Oui. Un tas gêne. Un tas devant une porte de plus. Léa le dit. Céline a déjà refermé. La question n’était pas une question.

Deux paires s’ajoutent. Neuf. Le « deux semaines » a l’air d’un délai pour s’agrandir. Léa ne redescend pas tout de suite. Elle choisit ses batailles. Il y en a d’autres.

La fumée, déjà. Elle sort de chez Céline et reste dans le palier comme un locataire de plus. La porte, aussi, qu’on claque. Léa note. Elle n’écrit pas encore.

Elle n’est pas du conseil. Elle est de passage, selon eux. Les chaussures aussi, selon eux. Seules les chaussures restent.

Un soir, elle enjambe. Un talon, une basket, une ville trop petite pour ce palier. Elle n’envoie pas le syndic. Pas encore. Être celle qui signale le conseil, c’est un autre tas.

Elle photographie, pour elle. Sept, puis neuf. Si le déménagement a lieu, on verra. Si le tas double encore, on verra aussi. Le feu, lui, ne lit pas les deux semaines.

Céline croise Léa sans s’excuser. Ce n’est pas une guerre. C’est une collection. Léa a compris le tarif : parler coûte une paire.

Elle rentre. Elle retire ses propres chaussures derrière sa porte. Le geste est petit. Il est le seul règlement qu’elle peut voter.