Les chiens sans consigne

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On ne lui avait pas demandé. On le lui a reproché.

Manon a trente ans et une crise. Endométriose, les ovaires, le corps qui ne négocie plus. La mère, la sœur, l’ambulance. Léonie a vingt-et-un ans et un anniversaire de Théo, prévu, déjà payé.

Elle part quand la famille et les secours sont partis. L’appartement n’est plus une urgence. C’est un couloir, des laisses, cinq grands chiens. Souvent six, quand celui de Romain s’ajoute.

Romain est en déplacement. Il écrit pour les promenades. Léonie propose de rentrer. Il répond comme on répond à une météo : neutre. Ni viens. Ni reste.

Elle reste un jour de plus chez Théo. Laisser de l’air. Croire que l’air aide. Les chiens, elle ne les a pas reçus en consigne. Personne n’a dit : c’est à toi.

Au retour, Romain hurle dix minutes. Le volume d’un homme qui a trouvé un coupable. Manon écrit ensuite. Blessée. Léonie aurait dû. Pas d’invités. Pour la semaine du mariage, on paiera un promeneur dehors. On ne lui fera plus confiance.

Le message a le calme des ultimatums. Léonie n’est plus une coloc. Elle est un risque. Le « dégage » n’est pas écrit. Il est déjà dans le tarif du promeneur.

Elle n’argumente pas les laisses. Elle n’aurait pas dû partir, selon eux. Selon le calendrier, elle n’avait pas à rester nounou. Les deux phrases se regardent. Aucune ne gagne.

Léonie reprend un sac. Chez Théo, encore. L’anniversaire a eu lieu. La crise aussi. Il reste les chiens, et une confiance qu’on n’avait jamais donnée.

Elle ne demande pas le bail tout de suite. Elle a déjà compris le planning : on lui reproche un métier qu’on ne lui a pas proposé. C’est assez pour dormir ailleurs.