Les inspecteurs

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Ils ont demandé de coopérer. Elle a coopéré.

Le mail arrive d’une adresse qui ne répond pas. Propriétaires. Inspecteurs demain. Obligatoire. Coopérez pleinement. Pauline relit. Pleinement. Le mot a l’air d’une politesse. C’est une consigne.

Elle demande de quoi. Personne ne répond. Un voisin sait. Pas une tempête. Pas les tuiles. Un acheteur. Une visite avant vente. Les propriétaires vendent, ou veulent. Les inspecteurs viennent pour le prix, pas pour elle.

Pauline prépare le café. Et la liste. Les alarmes qui sonnent pour rien, trois fois le mois. L’électricité qui cligne quand le four et le sèche-linge se saluent. Les murs trop fins : on entend le couple du fond se taire, c’est pire.

Le métro, la nuit, dans le plancher. L’offre, le premier mois, d’un remboursement complet si elle partait — dite trop vite, jamais écrite. Le fait que personne, dans l’immeuble, ne reste après le bail. Elle n’invente rien. Elle empile.

Les inspecteurs sont ponctuels, neutres, avec des cases. Pauline coopère. Pleinement. Chaque case a une phrase. Elle ne dramatise pas. Elle nomme. L’alarme. Le tableau. Le quai qu’on sent sans le voir.

Ils notent. C’est leur métier. Ce n’est plus le mail. C’est un appartement qui parle enfin le langage d’un acheteur. Les propriétaires avaient demandé l’honnêteté. Ils l’ont.

Elle ne sourit pas. Ce n’est pas une vengeance en scène. C’est une locataire à qui l’on a écrit de tout dire, croyant qu’elle dirait « ça va ».

Le soir, l’adresse reste muette. Pauline range les tasses. Elle n’écrit pas aux propriétaires. Ils ont choisi de ne pas lire les réponses.

L’acheteur, lui, lira. Ou pas. Ce n’est plus son affaire. Son affaire, c’était le mot pleinement. Elle l’a tenu jusqu’au métro.

Dans le couloir, l’alarme ne sonne pas. Pour une fois. Pauline note ça aussi, pour elle. Une phrase vraie de trop, ça existe. Elle ne l’a pas dite.