Maman au nouveau boulot

Deuxième semaine. Première visite de trop.
Léonie a vingt-sept ans. Deuxième semaine. Un vrai badge. Un métier qui commence à avoir l’air d’un métier. Monique a soixante-six ans. Elle passe. Sans prévenir. « Juste pour causer. »
La première fois, c’est l’accueil. Ça passe. Un sourire. Une mère. Un hall. On peut encore faire semblant que c’est charmant.
La deuxième, Léonie est derrière. Formation. Une collègue annonce : « Ta mère est là. » La phrase a l’âge d’une cour d’école. Pas d’un open space. Léonie n’est plus une professionnelle. Elle est une fille qu’on vient chercher.
Elle envoie un vocal. Gentil. Préviens-moi. Sauf urgence. Ce n’est pas une rupture. C’est une heure. Un SMS. Le minimum d’un adulte qui a un bureau.
Monique se tait. Deux jours. Le silence a l’air d’une punition. Léonie a l’air d’avoir trop demandé. Elle se sent coupable d’une limite trop normale.
Le badge n’a pas changé. La formation non plus. Juste le téléphone, trop calme pour une mère qui causait sans rendez-vous.
Léonie ne s’excuse pas d’avoir un travail. Elle s’excuse presque d’avoir un vocal. Les deux phrases se marchent dessus. La deuxième est de trop.
Deux jours, ce n’est pas une guerre. C’est une habitude qui se recoud. Monique reviendra. Avec un message, ou pas. Léonie tiendra le même vocal. Il est déjà assez court.
Elle rentre. Vingt-sept ans. Un métier. Une mère. Trois objets. Assez pour une semaine qui devait être seulement la deuxième. Pas un retour en sixième.