Pas mon corps en story

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Manon racontait sa ligne. Avec celle d’Inès.

Inès n’avait pas signé pour être un avant. Manon, si : elle documente une perte de poids, semaines, chiffres, le récit d’un corps qui se réduit. Ça pourrait rester le sien. Ça ne reste pas.

Elle poste Inès. Visage barré, assez pour la reconnaissance des amis, pas assez pour une autorisation. Des lignes sur la taille, la poitrine, les cuisses. Une légende sur ce qu’elle se sentait « à côté ». Inès découvre ça sur le canapé, le téléphone de quelqu’un d’autre, trop tard pour que ce soit un brouillon.

Manon s’explique par le progrès. Le contraste aide. Inès n’est pas le sujet, dit-elle. Elle est l’échelle. C’est pire. Une échelle n’a pas à laver son linge en paix.

Un mardi, Manon filme la buanderie. Elle prend le soutien-gorge d’Inès dans le panier, le dit, lit la taille, le nom de la marque comme une punchline. La vidéo a un rire. Inès, dans sa chambre, n’a pas ce rire. Elle a un tiroir qu’on vient d’ouvrir sans clé.

À une fête, Manon refuse un gâteau. Elle n’est pas Inès, dit-elle, celle qui mange n’importe quoi. La pièce entend. Inès aussi. Ce n’est plus une comparaison privée. C’est un rôle qu’on lui coud dans le dos.

Elle pose la limite trop tard, donc trop nette. Plus de photos. Plus de linge. Plus de son corps dans une story qui n’est pas la sienne. Elle le dit sans adoucir. Manon pleure l’incompréhension. Quelques amis trouvent Inès dure. Ils ont vu le progrès de Manon. Ils n’ont pas vu le tiroir.

Inès ne commente pas le poids de Manon. Elle n’en a pas à dire. Elle commente l’usage. Un corps n’est pas un accessoire de récit. Un soutien-gorge n’est pas une source. La distinction tient. Elle devrait tenir toute seule. Elle ne tient pas : il faut la crier.

Elle change la lessive d’heure. Elle ferme sa porte. Elle demande le retrait des images. Certaines disparaissent. D’autres ont déjà circulé. C’est le principe. On ne reprend pas une échelle une fois qu’on s’en est servi. Inès n’argumente plus le poids de personne. Elle argumente le seuil.

Manon continue sa transformation, désormais sans Inès dans le cadre — ou moins. Les amis, une partie, parlent encore d’excès. Inès les laisse. Elle n’a pas à convaincre une fête. Elle a à habiter. Le cintre, dans la buanderie, reste vide un moment. C’est déjà une phrase.