Quarante-cinq minutes

La pause est dans le texte. Le café, dans la salle.
Inès n’est pas prof. Soutien. Déléguée. Le service commence à huit heures trente. Elle arrive souvent à huit heures quinze. Un café. Puis le bureau. L’ordre a l’air d’une politesse. Il n’en est pas une. C’est une habitude.
Patricia fait du théâtre. Un café au bureau à huit heures trente-trois, et c’est déjà une scène. Comme si la tasse était un retard. Comme si le couloir n’existait pas.
Le déjeuner n’est pas payé. Quarante-cinq minutes. C’est dans la convention. Patricia la veut de retour à treize heures quarante. Les élèves, eux, finissent à treize heures quarante. Inès ne peut pas commencer avant treize heures. L’emploi du temps tient les classes. Donc elle rentre cinq minutes dans la leçon.
Patricia propose de payer les cinq. Inès dit non. La pause est dans le texte. La manquer, c’est du majoré. Pas un pourboire. Pas un arrangement de couloir.
Elle prend les quarante-cinq. Entières. Les minutes de trop, un fil. Ce n’est pas une grève. C’est le temps qu’on lui doit.
Le matin n’a pas changé. Vers huit heures quinze. Le café, en salle. Jamais au bureau avant huit heures vingt-huit. Assez tôt pour le service. Trop tard pour le théâtre.
Patricia peut encore regarder l’horloge. Inès peut encore regarder la convention. Une seule des deux a un article.
Cinq minutes, ça s’achète mal. Quarante-cinq, ça se prend. Le café, lui, a enfin une pièce. Pas un bureau. Une salle. C’est déjà une frontière.
Inès pose la tasse. Huit heures vingt-huit. Le badge n’a rien vu de scandaleux. Juste une déléguée à l’heure. Et un café qui n’a plus à s’excuser.