Quatre minutes de retard

Quatre minutes. Le plat a attendu.
Le resto de rêve a fermé. Antoine a pris le remplacement. L’accueil, encore. Le cauchemar, cette fois. Sandrine tient la salle comme on tient une dette.
Le bus a du retard. Quatre minutes. Antoine arrive. On le gronde. Le plat de pause de quelqu’un a « figé ». Quatre minutes pour un steak sous la lampe. Le métier, ici, a l’oreille fine et le cœur court.
Trois jours malades ensuite. Il a failli tomber, au service. Il rentre. Il a des examens. La veille de la reprise, Sandrine appelle. Elle veut qu’il vienne quand même. Les partiels peuvent attendre un service. Le service, lui, n’attend pas un étudiant.
Antoine redoute les shifts. Il se demande s’il est mou. C’est la question qu’on se pose quand on a encore l’habitude d’aimer le métier. Ou si la salle est toxique. C’est l’autre question, plus simple, plus tard.
Quatre minutes. Un bus. Un plat. Une phrase trop grande pour une lampe. Il la revoit en rentrant. Elle ne grandit pas. Elle durcit.
Il n’a pas rêvé le premier resto. Il a rêvé un métier. Celui-ci ressemble à une correction. Sandrine n’a pas besoin d’être un monstre. Elle a besoin d’être exactement ça : une responsable pour qui le retard d’un bus est déjà une affaire.
Antoine n’envoie pas de lettre. Il note. Les examens. Les trois jours. L’appel de la veille. Le plat figé. Quatre lignes. Assez pour cesser de se demander s’il est trop sensible.
La salle ouvrira demain. Il y sera, ou pas. Le bus, lui, n’a pas d’excuses à signer. Quatre minutes restent quatre minutes. Un plat sous une lampe n’est pas une constitution.
Il se couche tôt. Pas pour être un bon élément. Pour tenir. La différence, ici, commence à se voir. C’est déjà une réponse.