Quatre-vingt-dix minutes au quai

Onze minutes. Ou quatre-vingt-dix.
Quai de réception. Julien connaît le rythme : on décharge, on pointe, on envoie le camion au dépôt. Un nouveau chauffeur, premier passage. Julien le dépêche. Matériel rangé, signature, au revoir. Trop vite, dira l’autre plus tard. Trop lent, surtout : le chauffeur se plaint que Julien n’avance pas.
La visite suivante, le chantier a besoin du matériel. Julien a le temps. Il le prend.
Le chronomètre
- Quatre-vingt-dix minutes. Chaque palette a droit à une pause. On vérifie deux fois. On range comme pour une inspection. Le chauffeur attend. C’est du théâtre, pas de la lenteur accidentelle.
- Vendredi. Même quai, même Julien. Onze minutes. Le hayon, les palettes, la signature. Le chauffeur explose.
- La phrase. Julien ne va pas le faire mentir. Trop lent, c’était écrit. Onze minutes, c’est l’autre version.
Le chef a entendu les deux. Il confirme Julien. La lenteur, désormais, c’est une citation. On peut la sortir, ou la ranger.