Réception en russe

Il parlait russe. L’ami, ensuite, l’anglais.
La réception est en Bulgarie. Le soir, des couples arrivent, gréco-russes, valises, le parking déjà dans la tête. Milena a les clés. Elle a aussi l’anglais, très bon, le genre qu’on apprend pour précisément ça.
Oleg parle russe. Milena répond en anglais. La phrase est claire. Le parking aussi, si on l’écoute. Oleg répète en russe. Plus fort. Plus lent. Comme si le volume allait ouvrir une langue.
Elle mime. Elle ne parle pas russe. Les mains, le visage, le métier d’une réceptionniste qui a déjà donné la réponse. Oleg se tourne vers Yannis. En grec, il demande ce qu’elle dit.
Yannis répond en grec. Puis il se tourne vers Milena. Le parking, en anglais parfait. La même question. La même pièce. Une langue de plus, pour arriver où elle était déjà.
Milena donne les clés. C’est le geste. C’est aussi tout ce qui reste d’une conversation en trois langues dont deux n’étaient pas nécessaires. Elle est brisée. Pas un drame. Une fatigue de comptoir.
Les couples montent. Le pictogramme de parking n’a rien dit, lui. Il n’en avait pas besoin. Oleg a voulu le russe. Yannis a eu l’anglais. Milena a eu le relais.
Elle ne raconte pas tout de suite. Une réception brisée se range derrière le présentoir. Plus tard, peut-être, à une collègue. Le mot n’est pas « rusé ». Le mot est « long ».
Le lendemain, d’autres clés. D’autres valises. Milena reprend l’anglais. Elle le reprend comme on reprend un outil. Si quelqu’un insiste dans une langue qu’elle n’a pas, elle mimera encore. Puis elle attendra l’ami.
L’hôtel, lui, n’a pas changé de pays. La réception non plus. Seule la soirée a trop duré pour une question de parking.