Un graissage pour la nuit

Le parking interdit. Sauf atelier.
Nadia écrit les bons. Concession poids lourds, sortie d’autoroute, ouverte la semaine en continu. Devant, un panneau : une heure maximum. Pas de nuit.
Roland aime le panneau. Vétéran. Il chasse les trop garés. C’est son sport. C’est presque son poste.
Un chauffeur à barbe grise insiste. Fournisseur. Il livre des camions. Il reprend des lames. Il dit qu’il dort là depuis des années. La phrase a l’âge d’une habitude. Pas l’âge d’un droit.
Nadia tient le texte. Les fournisseurs ne sont pas exemptés. En revanche : si le camion est en atelier, le conducteur peut dormir dedans tant que l’atelier est ouvert. La semaine, ça ne ferme pas.
Le chauffeur n’hésite pas. « Il me faut un graissage. » Il va se garer comme il faut. Le bon n’entre pas tant qu’il n’a pas annoncé la place. La file a un ordre. Même pour un oreiller.
Nadia part deux heures plus tard. Elle ne le revoit pas. On peut le supposer heureux. Ou simplement couché. Les deux suffisent.
Roland est furieux. La règle, elle, est contente. Elle a été lue jusqu’au bout. Pas seulement jusqu’au panneau.
On peut chasser un parking. On chasse moins un graissage. L’atelier a une lumière. Le matelas, une cabine. Le fournisseur, une phrase trop courte pour un procès.
Nadia range les bons. Roland range sa chasse. Le camion, quelque part, tient encore chaud. C’est déjà une nuit réglementaire. C’est surtout une lecture.