Vous êtes sûrs

Deux fois la question. Puis les honoraires.
Gérard a cinquante-cinq ans. Ingénieur mécanique. Des gestes que presque plus personne n’a. Une activité annexe, déclarée, validée. Un contrat syndiqué. Pas d’heures gratuites, sauf urgence. C’est écrit. Ça tenait.
Le rachat arrive. On veut des soirs offerts. On veut des applaudissements. Une culture de claques dans le vide. Gérard résiste. Les séances obligatoires deviennent gênantes. Plus on insiste, plus ça sonne faux.
Ils le prennent sur un mail. Activité annexe. Portable du bureau. Pendant une pause. La DSI autorise le personnel, et l’annexe, sur le temps de pause. Ils licencient quand même. « Vol de ressources. » La phrase a l’air d’un coffre. C’est un écran.
À table, Gérard demande. « Vous êtes sûrs ? » Encore. Ils disent oui. La sécurité l’accompagne. Le couloir a l’air d’une cérémonie. Trop grande pour un mail.
Le syndicat annule tout de suite. Pas de cause réelle. Le papier ne tient pas. L’avocat envoie une mise en demeure déjà prête. Deux brevets que Gérard avait apportés. L’employeur s’en était servi. Un peu plus de salaire, à l’époque. Moins, maintenant.
Les collègues appellent. Les clients aussi. Il les renvoie à la direction. Ce n’est plus son standard.
Les RH le supplient. Il consulte. Environ six fois le taux. Plus les frais de brevets. L’inspection, puis les prud’hommes : dommages, trois mois. Rupture, vingt-quatre. Le dossier a une addition. Le management, une soustraction.
Gérard reste. Vingt heures par semaine. Jusqu’à la retraite. Au tarif taxe. Le pot de bonus des managers paie. Ils ont voulu des claques. Ils ont une facture.
On peut licencier un mail. On licencie moins un métier rare. Deux fois « vous êtes sûrs » aurait dû suffire. Ils ont dit oui. C’est le seul mot qu’ils ont eu à bas prix.