La clé du kiosque

Entre neuf et dix. Pas une minute après.
Odette tient le tiroir. Après un oubli — la clé sous un pupitre, un dimanche, plus de fanfare — Gilles, l’adjoint à la culture, impose le créneau. Neuf à dix. Mairie. Pièce. Une note. Elle aligne. On vient. On signe. On prend. On rend. Avant midi. Personne n’a demandé l’inauguration. Personne n’a demandé le cuivre. On a dit neuf. On avait neuf.
Un orchestre. Dix heures cinq. Trop tard. Odette montre l’horloge. Gilles arrive. Dix heures douze. Son discours. Devant le kiosque. Pas de clé. Odette applique. Sa note. Il dit l’adjoint. Elle dit dix heures. Il attend. Comme les cuivres. Sur les marches. Debout.
Il ajoute : élus, la veille, si l’on a prévenu. Odette note. Il n’a pas prévenu. Le kiosque reste. Fermé. Le discours se fait. Dehors. Un peu court. Un peu humide. Les pupitres, eux, sont dedans. On les voit. À travers les lattes.
Le dimanche suivant, il passe. Neuf heures moins deux. Odette prend. Elle aligne. Il ouvre. Les cuivres ont déjà joué. Sur les marches. Encore. On l’a su. On n’a rien dit. La clé, elle, est chaude. C’est déjà une inauguration. Sans kiosque. Presque.