Le carnet du lavoir

L’heure de la vidange. Écrite. Avant le robinet.
Marthe tient le lavoir. Après une nuit — deux bassins pleins, le savon dans la grille — Armand, le président de l’amicale, impose le carnet. Nom. Bassin. Heure de vidange. Avant huit heures. Une note. Un crayon attaché. Elle aligne. On écrit. On lave. On vide. On barre. Personne n’a demandé le soleil. Personne n’a demandé les draps. On a dit l’heure. On avait l’heure.
Un couple. Les draps. Pas d’heure. Sur le rebord. Marthe montre la note. Les bassins restent. Vides. Le robinet aussi. Fermé. Armand passe. Le bassin du soleil. Il a écrit « toute la matinée ». Ce n’est pas une heure. Ses draps sont déjà dans la bassine. Marthe applique. Sa règle. Il dit l’amicale. Elle dit le crayon. Il attend. Comme le couple. Il ne dit plus exception. Il dit oubli.
Il ajoute : amicale, sans heure, si le bassin est déjà à soi. Il l’a eu. Juin. Pour la kermesse. Ce n’est plus juin. Marthe le dit. Il le savait. Un peu.
Le mardi suivant, il écrit. Enfin. Huit heures moins deux. Onze heures, pour vider. Marthe prend. Elle aligne. Il veut le soleil. Le couple a déjà le soleil. Avec une heure. Dix heures. De lundi. Marthe l’a donnée. Armand regarde. Derrière la porte. Ses draps attendent. Encore. L’eau, elle, est déjà grise. Dans le bassin. C’est déjà une lessive. Pas la sienne.