Le registre de la pompe à vélo

Huit bars. Écrits. Avant le tuyau.
Léocadie tient la place. Après un samedi — le tuyau sifflant jusqu’à midi, un pneu resté mou, aucune ligne — Odilon, l’adjoint à la voirie, impose le registre. Pression. Avant le tuyau. Une note. Un crayon attaché. Elle aligne. On écrit. On gonfle. On ferme. On barre. Personne n’a demandé la balade. Personne n’a demandé la place. On a dit huit. On avait huit.
La pompe est jaune. Boulonnée au poteau de l’arrêt. Le car ne s’arrête plus. Les vélos, si. Le manomètre a une aiguille. Léocadie ne lit pas l’aiguille. L’aiguille bouge. Le registre, non. Huit est sur la note. Pas sur le cadran. Le cadran a vieilli. La note, non.
Un couple. Les pneus. Ils ont écrit « assez ». Ce n’est pas huit. Léocadie montre la note. Le tuyau reste. Enroulé. La valve aussi. Fermée. Les vélos restent contre le banc. Odilon passe. Le matin. Le créneau long. Il a écrit « voirie ». Sa chambre à air est déjà dans la sacoche. D’hier. Léocadie applique. Sa règle. Il dit les routes. Elle dit le crayon. Il attend. Comme le couple. Il ne dit plus exception. Il dit oubli.
Il ajoute : voirie, sans pression, si déjà gonflé. Il l’a gonflé. En mars. Pour la tournée des hameaux. La pompe ne devance pas. Elle note. Léocadie le dit. Il le savait. Un peu.
Le mercredi, la boulangère. Le triporteur. Elle a écrit « comme d’habitude ». L’habitude n’a pas de chiffre. Le tuyau reste. Les miches attendent dans la caisse. Molles, un peu. Ou les pneus. On ne sait pas. Elle dit que le pain n’a pas de bar. Léocadie dit que le pain n’a pas de valve. On reste devant le crayon. La boulangère le reprend. Elle écrit sept. Elle barre. Elle écrit huit. Léocadie ouvre. L’air passe. Le pain, ensuite, se tient. C’est déjà une miche. À la règle.
Le jeudi, l’école. La maîtresse a écrit « collectif ». Ce n’est pas une pression. Les enfants font la file. Sans tuyau. Un garçon écrit vingt-deux. Le nombre de vélos. Léocadie barre. Vingt-deux, c’est une classe. Huit, c’est un pneu. La maîtresse parle de l’inspecteur. L’inspecteur peut écrire huit. Il ne vient pas. Les enfants repartent. Pneus mous. Un dessin. Le dessin n’a pas de chiffre. Léocadie l’agrafe au verso. Un dessin n’est pas une ligne. C’est déjà une preuve. Pas la bonne.
L’après-midi, le garde champêtre. Son vélo de service. Il a écrit « service ». Léocadie montre la note. Il montre son brassard. Le brassard n’est pas une pression. Il écrit huit. Il gonfle les deux roues. La remorque attend. Sa roue n’est pas dans la ligne. Léocadie dit : une ligne, huit, une roue. Il écrit une autre ligne. Huit. La remorque tient. C’est déjà une tournée. Notée.
Le vendredi, Odilon revient. Le manomètre de l’atelier. Il veut mesurer d’abord. Écrire ensuite. La note dit avant. Il mesure dans la poche. Léocadie entend le clic. Elle regarde la ligne. Blanche. Il range l’appareil. Il dit : municipal. Elle dit : le crayon aussi. Attaché. On ne détache pas. On écrit. Le créneau finit. Le couple est parti. Les vélos aussi. Mous. Il n’écrit rien. Ce n’est pas son tour. Pas encore.
Le samedi, un visiteur. Pas d’ici. Il tend une pièce. Pas de prix. Une pression. Il écrit « deux ». Comme pour une voiture. Léocadie montre la note. Huit. Ici, ce n’est pas une voiture. Il barre. Il écrit huit. Il gonfle. Le pneu soupire. Il pose le vélo contre le mur de la boulangerie. Léocadie le déplace jusqu’à la barre. Il remercie la pompe. Pas Léocadie. La pompe ne dit rien. C’est déjà un merci. À côté.
Le dimanche, la pluie. Personne. Léocadie ouvre le registre à l’heure. Un registre fermé devient un tiroir. Elle écrit « pluie ». Odilon a interdit le temps. Le temps n’est pas une pression. Elle barre. La barre reste. Une barre est une ligne. Elle date. Personne ne vient. C’est déjà un dimanche. Tenu.
Le lundi, il écrit. Enfin. Huit heures moins deux. Huit bars. Léocadie prend. Elle aligne. Il veut le tuyau. Le couple l’a déjà. Depuis sept heures. Ils ont écrit huit. Léocadie a donné le tuyau. Odilon regarde. Depuis la place. Sa chambre à air attend. Dans la sacoche. Le « assez » est parti. Sur un vélo. C’est déjà une balade. Pas la sienne.
Il demande si huit est trop. Pour un vieux cadre. Léocadie lit la note. La note dit huit. Elle ne dit pas l’âge. Il regarde son pneu. Le pneu ne répond pas. Elle lui tend le crayon. Il en a un. Dans la sacoche. Deux crayons. Une règle. Son tour vient tard. Après l’école. La maîtresse a écrit huit, vingt-deux fois, une ligne par vélo. Léocadie a tout pris. La boulangère est repassée. Le pain se tient. Un peu. C’est déjà une semaine. Comptée.
Le soir, elle ferme. Elle compte. Douze, et les vingt-deux, à part. La note ne parle pas du total. Elle compte quand même. Elle barre le blanc du bas. Personne n’ajoutera un chiffre dans la nuit. Le crayon reste attaché. La pompe reste. Huit bars, quand on les écrit. Le reste est de l’air. Et l’air, sans ligne, n’est qu’une rumeur.